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jeudi 01 mai 2008

Mai 68 et alors ?

Mai 68 : inventaire avant liquidation ?

Mai 68 : inventaire avant liquidation ?

Lundi 05 Mai 20h45

Salle de réception du stade de Balma

http://lecafepolitique.fre.fr pour la présentation du débat

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Mai68_2 Mai68c

Mai68b Mai 68 : héritage et héritiers.

mardi 29 avril 2008, par François Saint Pierre

Enjeux de mémoire.

Les archives de 68 sont extrêmement abondantes et nombre d’acteurs sont toujours vivants. L’histoire factuelle des événements de mai 68 est déjà écrite, mais 40 ans après, éditorialistes, essayistes, sociologues, politologues, historiens, etc, essayent encore de donner du sens à ce moment historique. Ce printemps

2008 a

vu l’éclosion d’une floraison de livres, d’articles de débats et d’émissions sur

mai 68. Se

situer positivement ou négativement par rapport à cette période, c’est aussi s’engager clairement dans les luttes politiques d’aujourd’hui. L’écriture de l’histoire a toujours été une arme de guerre pour les pouvoirs en place ou pour les idéologies. Montrer, à travers des exemples historiques, la faillite des idées de l’adversaire est la démonstration idéale en politique. A la fin du mois de juin 68 pour des millions de personnes, qui avaient cru un temps pouvoir changer le monde, est arrivé l’heure de la défaite politique. Ironie de l’histoire les soixante-huitards sont accusés d’avoir profondément modifié la société, dans le mauvais sens évidemment. Pire, ceux qui se vivaient comme des anti "société de consommation" sont accusés d’avoir favorisé la montée de l’ultralibéralisme et de l’individualisme.

La droite n’a jamais apprécié l’anti-autoritarisme de mai 68 et les communistes ne pouvait pas être d’accord avec un mouvement qui majoritairement, contrairement à la théorie léniniste, voulait changer le monde sans se préoccuper de prendre le pouvoir. Les accords de Grenelle négociés par les syndicats ont été rapidement minimisés. Dans un premier temps on aurait pu penser que l’histoire ferait un bilan mitigé : défaite politique, compromis social, changement sociétal positif. Après le passage du SIDA et le come back sur la scène médiatique des moralistes, la révolution sociétale a été disqualifiée. Cette époque, qui pendant longtemps a été présentée comme une grande avancée pour les droits de la personne humaine a fini par se faire accusée d’avoir été à l’origine de la déliquescence familiale ou d’avoir favorisé

la pédophilie. A

coup d’images chocs et de reportages mettant en valeur ceux de cette génération qui sont devenus des "people", les grands médias ont réussi, anniversaire après anniversaire, à imposer, comme version dominante, celle d’un gros chahut d’étudiants bourgeois qui avaient envie d’un peu plus de liberté sexuelle. Génération de privilégiés qui auraient ensuite profité à fond de la société de consommation. Pendant ce temps des intellectuels de droite ou de gauche expliquaient que mai 68 n’était que le début d’une dérive narcissique et individualiste qui ouvrait la voie à l’emballement de la société de consommation et à l’ultralibéralisme des années 80/90. A la suite d’Alain Finkielkraut, Nicolas Sarkozy accusait pendant sa campagne électorale mai 68 d’être à l’origine d’un "relativisme intellectuel et moral" désastreux pour toute la société. "Il est interdit d’interdire" n’est plus compris comme une critique de l’autoritarisme abusif, mais comme le refus de l’autorité nécessaire au fonctionnement de la famille et des institutions. Rare aujourd’hui sont les intellectuels qui comme Daniel Ben Saïd ou Alain Badiou acceptent sans broncher l’étiquette 68.

Devant une lecture aussi négative, la question n’est pas de savoir s’il faut liquider l’héritage de 68 mais plutôt de savoir s’il y a encore des héritiers. Si certains comme Cohn-Bendit ou Serge July ont publiquement renoncé à assumer cet héritage en est-il de même de tous ces anonymes, étudiants ou ouvriers qui ont pris la parole pendant ces mois de mai et juin ? Plus important y a-t-il des leçons de ce moments historique qui pourraient être utiles aux générations suivantes ?

Le contexte national et international.

S’il est légitime de mettre l’accent sur ce qui s’est passé en France, il ne faut pas oublier que le monde entier a été concerné par cette période. L’anticolonialisme s’est traduit entre 1965 et 1968 par de nombreuses manifestations contre la guerre du Vietnam, souvent assez violentes car mal supportées par les pouvoirs en place, dans la plupart des grands pays occidentaux. Ces manifestations qui se voulaient pacifistes n’étaient pas un soutien au communisme mais traduisaient le refus d’actes de guerre inhumains. Dans cette période de décolonisation et avec les premiers effets de la mondialisation émergeait une conscience égalitaire mondiale qui reconnaissait le droit de chaque peuple à être respecté malgré les différences. L’anti-impérialisme ne peut se réduire comme souvent on a essayé de le dire à un anti-américanisme primaire.

Les locaux universitaires n’arrivaient pas à contenir l’augmentation du nombre d’étudiants, environ 20% par an par exemple dans une université comme Toulouse dans les années 60. L’enseignement universitaire jadis réservé à l’élite s’est étendu aux enfants des classes moyennes et comportait en 68 environ 10% d’enfants d’ouvriers. Les amphithéâtres surchargés étaient le lieu commun des universités européennes. Plutôt que de faire un effort financier important le gouvernement de l’époque avait proposé pour résoudre la pénurie de locaux de mettre en place un processus de sélection à l’entrée des universités.

La culture des années 60, influencée par la beat génération, puis par le mouvement hippie s’est fortement retrouvée en décalage avec celle des générations précédente. Cela s’est traduit dans le monde artistique par l’émergence de nombreux courants d’avant garde qui remettaient en cause les valeurs esthétiques classiques. La musique rock puis la pop symbolisaient auprès de la jeunesse leur volonté d’une profonde rupture culturelle par rapport aux générations précédentes.

Si la croissance était au rendez-vous dans les pays occidentaux la démocratie était restée à la porte des entreprises, les patrons étaient tous plus ou moins paternalistes mais pas du tout prêts à reconnaître plus de droits aux syndicats et à accorder plus de pouvoirs d’achats aux salariés. Le système soviétique qui avait servi pendant quelques années de référence idéologique n’était plus prisé par les intellectuels qui venaient de découvrir le goulag. La contestation de ce système commencé à prendre des formes de plus en plus radicales en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Yougoslavie. Si le "métro, dodo, boulot" était remis en cause, le modèle communiste n’était déjà plus crédible et les critiques de la société de consommation étaient encore hors du champ politique traditionnel.

Les premiers textes d’écologie politique commençaient à émerger dans les mouvements antinucléaires et dans le PSU, qui était alors inspiré par les ouvrages de Jacques Ellul. Au départ ces textes, mélange d’une critique de l’idée de progrès et des premières inquiétudes sur le devenir de la nature dans ce monde en rapide expansion, essayaient de dépasser la dichotomie capitalisme/marxisme.

Les changements dans les mœurs avaient été amorcé dés le début de

la guerre. Le

rapport Kinsey a été publié en 1948 /1953 et en 1966 sont publiés les premiers travaux de Masters & Johnson. Depuis les années 1960 le Women’s Lib structure aux États-Unis la lutte des femmes pour l’émancipation. En France depuis Simone de Beauvoir le féminisme gagnait du terrain et dans les années 60 les études sociologiques montrait clairement que la société était en profonde mutation.

C’est dans cette ambiance mondialement contestataire par rapport à l’ordre établi que commence en France le 22 mars les premiers événements universitaires repérés par la presse comme méritants de faire l’actualité. Ce n’est pas la France qui s’ennuyait, comme l’écrivait naïvement Pierre Vianson-Ponté dans le Monde du 15 mars 1968, mais les médias qui oubliaient de regarder les mutations en cours.

Les événements

- Des centaines de manifestations.

- Des facultés et des lieux à vocation artistique occupées.

- Une dizaine de nuits avec des barricades.

- Un mois de grève générale, la France paralysée

- Les accords de Grenelle, jugés décevants eu égard à l’importance de la grève, non signés, mais conclus le 27 mai.

- Un pouvoir flottant.

- Une manifestation avec Malraux en tête le 30 mai pour soutenir le Général de Gaule.

- Une magistrale victoire électorale de l’UDR le 23 et 30 juin.

- En France il n’y a eu que 7 morts et 2000 blessés, ailleurs ce fut parfois bien plus violent.

La diversité sociale et idéologique

Un mythe perdure : celui d’une révolte des enfants de

la bourgeoisie. Si

à cette époque l’université était difficile d’accès pour les catégories sociales défavorisées, bon nombre de ceux qui avait réussi à y rentrer se sont retrouvés dans le mouvement. La jeunesse issue de la classe ouvrière n’a pas été mise en valeur par la classe médiatique qui par narcissisme a accentué le côté bourgeois et parisien des événements. Pourtant c’est cette jeunesse qui a permis un lien à la base entre les ouvriers et les étudiants. Ce lien n’a pu être créé au sommet des organisations syndicales et étudiantes prisonnières des présupposés idéologiques de l’époque.

En 68 les possédants ont eu une sacrée trouille. A tort évidemment car 68 ne pouvait absolument pas prendre le pouvoir et les déposséder de leurs avantages acquis. Avoir des avantages et des privilèges rend réactionnaire à tout changement, Malraux mais aussi pas mal de notables intellectuels de l’époque ont occupés activement l’espace de

la frilosité. Naturellement

bon nombre de soixante-huitards, applaudis et encouragés par les conservateurs, sont devenus après leur réussite sociale des sacrés réactionnaires.

Ce qui a fait la force de ces événements c’est la participation, certes à des degrés divers, de quasiment toutes les catégories sociales et de tous les courants politiques.

- La droite conservatrice après avoir eu quelques doutes a mis toute ses forces du côté de l’immobilisme.

- La droite libérale, pourtant très critique sur la manière, a apprécié la remise en cause du national républicanisme. Par la suite elle a cherché des convergences notamment du côté sociétal, cela lui a permis de supplanter en 1974 les héritiers du gaullisme.

- Les socialistes n’ont pas tout compris sur le moment, mais se sont en général rallié avec retard aux idées de 68. Le ralliement d’une bonne partie des anciens PSU au parti socialiste lui ont permis après-coup de récupérer une partie de l’héritage. Cela explique les attaques extrêmement violentes de Nicolas Sarkozy contre cette période, pendant la dernière campagne électorale des présidentielles.

- Les communistes n’ont pas soutenu le mouvement étudiant et ont essayé de bien le séparer de la grande grève ouvrière.

- Les gauchistes avaient une vision très politisés de l’action mais ils étaient très minoritaires dans le mouvement. Ce sont eux qui ont un moment cru au grand soir et qui ont été déçu.

- Les anarchistes organisés ont activement participé mais ils étaient extrêmement minoritaires. Par contre les libertaires spontex étaient finalement assez majoritaires. Présents dans les actions mais sans volonté réelle de prendre le pouvoir c’est eux qui ont donné la tonalité dominante de 68.

- Les situationnistes, radicaux marginaux mais efficaces, inspirés par des théoriciens brillants comme Guy Debord ou Raoul Vaneigem, ont souvent été les auteurs de slogans remarquables.

- Les maoïstes étaient un petit groupe d’intellectuels parisiens basé essentiellement à l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, qui se sont surtout fait remarquer dans la période qui a suivi le mois de mai. Très bons élèves ils ont souvent fait de belles carrières professionnelles et, par facilité, les médias en ont souvent fait le prototype du soixante-huitard. Évidemment leur maoïsme n’avait pas grand-chose à voir avec le réel de la Chine et tenait plus d’un snobisme politique qui leur permettaient de se décaler du communisme de l’union soviétique.

- Les grands intellectuels Lévi-Strauss, Lacan, Bourdieu, Foucault, Derrida, que l’on a accusé d’être à l’origine du "relativisme intellectuel et moral" ont tous gardé une grande distance avec les événements proprement dit.

Les conséquences.

Sur le moment mai

68 a

été vécu de manière positive par

la population. Peu

ont vraiment cru au grand soir qui allait changer le monde mais beaucoup ont vécu cette période comme un moment privilégié de participation à l’Histoire. Rares, parmi ceux qui ont participé aux manifestations ou aux grèves, sont ceux qui en parle négativement. Si la droite a réussi à minimiser l’événement elle n’a pas réussi à en faire une lecture triste !

Le pouvoir en place n’a pas été renversé et les élections de juin ont confirmé la main mise de la droite sur le parlement, pourtant à partir de 68 la droite républicaine allait petit à petit évoluer vers un social-libéralisme moderne notamment sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.

Les accords de Grenelle bien extrêmement minimisés dans le discours officiels ont redonné confiance à la classe ouvrière et ont participé en profondeur à la modification des rapports dans les entreprises : 68 marque la fin du modèle paternaliste.

Si

68 a

gardé malgré toutes les attaques une image positive c’est parce que les paroles qui jaillissaient dans tous les sens et apparemment sans grande cohérence idéologique ont été finalement performatives. La société a été en quelques années transformée en profondeur, la France d’avant 68 représente pour les jeunes générations d’aujourd’hui un passé complètement révolu.

Mai 68 et le relativisme moral.

Une société pour tenir a besoin de structures. Ce qui fait tenir ces structures, c’est une acceptation sociale profonde construite dans un temps long et en référence aux fondamentaux anthropologiques. 68 et toute la période 60/70 a remis en cause la rigidité des structures sociales et notamment la force des interdits moralisateurs. Les rapports de domination ont été attaqués dans le couple, dans la famille, dans l’entreprise, etc.... Ceux qui pensent que la morale c’est le respect de règles universelles et intemporelles n’ont pas du tout apprécié. 68 n’est pas le refus de la morale, mais un moment de remise en question des fondamentaux qui servent à construire les références morales. Cette époque a été un moment intense pour la pensée des droits de l’homme. La morale politique qui commençait à se mettre en place à l’époque était : "tout s’achète - tout se vend", morale qui a trouvé son heure de gloire dans les années ultralibérales dominées par les figures de Thatcher et de Reagan. Le modèle de la morale kantienne, qui dans sa version excessive revient au respect scrupuleux de la légalité, a été effectivement fortement contesté par un mouvement qui était plutôt du côté de l’éthique habermasienne. La morale sans se couper des grandes valeurs fondamentales, égalité, liberté, solidarité, justice, doit se construire par l’échange dans une démocratie participative et délibérative et n’est surtout pas la soumission au vieux système patriarcal autoritaire.

Retour sur l’avenir.

Mai et juin 68 c’est le moment phare de la période des années 60/70 les années 80/90 sont dans le monde celles de l’aveuglement ultralibéral et en France celle de la déception socialiste. Depuis quelques années la jeunesse, qui n’est pas aussi lobotomisée, par la société de consommation, qu’on veut bien le dire semble, aller vers une lucidité critique et pessimiste. Le malaise dans la mondialisation est de plus en plus palpable. La croissance est toujours l’alpha et l’oméga de la classe politique de ce monde dit démocratique dont nous sommes si fiers. Il n’y a pas que les cassandres écologiques pour avoir un doute sur la durabilité de notre modèle social. Sur les murs de 68 on pouvait lire "il faut explorer systématiquement le hasard", il serait temps de sortir des positions économiques dogmatiques qui conduisent la société sur un mur. Après l’échec du communisme, il ne s’agit pas de reconstruire une position idéologique naïve, mais de penser les articulations nécessaires entre une mondialisation durable et les droits de l’homme dans une démocratie sociale. Internet, qui véhicule parfois le pire, est peut-être le meilleur moyen de favoriser la prise de parole de tous les citoyens du monde, condition nécessaire pour changer nos représentations et pour essayer de faire évoluer la société vers un avenir meilleur.

 

mardi 29 avril 2008

Derrière le jargon techno, la réalité inhumaine d'un service des étrangers de la préfecture des Hauts de Seine

Le MAN divulgue une note de services de la préfecture des Hauts de Seine qui décrit le traquenard organisé pour  un étranger venant spontanément avec un passeport en cours de validité !
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lundi 28 avril 2008

Pouvoir d'achat, ça baisse pour les salariés, pas pour les "grands patrons" !

   

 

       

L'examen des 30 premiers «documents de référence» des grandes entreprises du CAC 40 l'atteste : les revenus des grands patrons ont atteint de nouveaux sommets historiques en 2007. En plus des salaires et des avantages divers, ce sont surtout les plus-values sur stock-options et, dans certains cas, les dividendes, qui ont véritablement explosé. Avec cette enquête, Mediapart publie un tableau qui récapitule l'ensemble des rémunérations de 43 dirigeants et détaille, dans un second article, les revenus du PDG le plus fortuné: «Bernard Arnault, le milliardaire boulimique» [3]. [4]

«Nous avions tous le cœur qui se soulevait quand nous avons découvert les montants des rémunérations envisagés.» Laurence Parisot avait assurément trouvé le ton juste, dans les premiers jours du mois de juin 2006, pour commenter «l’affaire Zacharias», qui venait d’éclater. Sentant que le pays était choqué par les quelque 250 millions d’euros accordés au PDG déchu du groupe Vinci, comprenant un «golden parachute», des indemnités de retraites, une montagne de stock-options et quelques primes diverses, la présidente du Medef avait sans détour exprimé son indignation.

«Nous avions tous le cœur qui se soulevait... » Ces mots-là, Laurence Parisot pourrait aujourd’hui les prononcer de nouveau. Avec plus de force et de colère. Car la dérive qu’elle dénonçait alors – ou faisait mine de dénoncer – s’est encore accélérée. C’est le constat principal que l’on peut dresser à la lecture des premiers «documents de référence» (ou rapports annuels) publiés par les plus grands groupes français, ceux qui figurent dans l’indice vedette du CAC 40 : salaires fixes, salaires variables, bonus, avantages en nature, retraites dites "chapeau", stock-options, actions gratuites, "golden parachutes" – l’imagination a été au pouvoir en ce domaine. Les rémunérations totales octroyées aux principaux PDG et mandataires sociaux ont atteint en 2007 de nouveaux sommets. Alors que les revendications sur le pouvoir d’achat ne cessent de monter dans les entreprises, les chiffres donnent le vertige.

Les rapports annuels ne sont pas encore tous disponibles : pour étudier les évolutions en cours, Mediapart n’a pu dépouiller que 30 d’entre eux, 10 autres n’ont pas encore été transmis à l’Autorité des marchés financiers, soit en retard, soit en raison d’exercice décalé. Même si la loi, depuis 2002, fait obligation aux entreprises de rendre publiques les rémunérations de leurs mandataires sociaux, cette obligation de transparence n’est parfois respectée que de mauvaise grâce : il faut beaucoup de patience pour parvenir à reconstituer la réalité précise des revenus globaux engrangés par les PDG.

>>> lire la suite >>> www.mediapart.fr

dimanche 27 avril 2008

La chronique de Christian Sautter

Voir loin, agir proche

 100 MILLIONS ET 25 MISERABLES

 100 millions d’êtres humains sont menacés de mort par la famine qui rôde. Et l’ONU (le Plan Alimentaire Mondial) recherche d’urgence 1,4 milliard de dollars (883 millions €) pour faire la soudure. L’Europe est prête à mettre le quart de la somme nécessaire pour alimenter d’urgence des femmes et des enfants en péril (Le Monde 230408).

 Pourquoi cette brutale réapparition du spectre de la faim dans notre monde prospère ? Les raisons sont apparemment bien connues. La population augmente et passera d’ici peu de 6 à 9 milliards d’habitants, ce qui fait revenir à la surface le pessimisme de Malthus : quand la population croît de façon géométrique, la production agricole, qui croit de façon arithmétique, ne peut pas suivre. C’est ignorer que les techniques agricoles ont fait des progrès spectaculaires, dont a témoigné la révolution verte indienne. Le débat sur les OGM, ces graines conduisant à des épis stériles, que les paysans pauvres doivent racheter chaque année à Monsanto, ne doit pas occulter la nécessité de grands progrès des méthodes de culture pour atteindre l’autosuffisance alimentaire en Afrique et ailleurs.

>>> lire la suite >>>


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samedi 26 avril 2008

Ségolène Royal commente la "feuille de déroute" du président Sarkozy et propose une "autre politique"...

lundi 14 avril 2008

Mai 2008 : les jeunes ont bien changé, ils veulent "sauver leurs options".

vendredi 11 avril 2008

La chronique de Christian Sautter

L’INNOCENCE DE LA BONTE ET LA BETISE DE LA CRUAUTE

 
Catherine et moi sommes allés voir « Bienvenue chez les Ch’tis », avec des sentiments mélangés. D’un côté, la crainte de voir une farce de comique troupier, aux ficelles grossières ; de l’autre, un picotement ethnologique de curiosité pour comprendre comment cette comédie régionale pouvait attirer tant de nos compatriotes.

 Nous en sommes sortis tout joyeux d’avoir vu un film populaire sans être vulgaire, débordant d’humour et de bonté, deux sentiments peu fréquents par les temps qui courent. Les Français sont des grands spécialistes de l’ironie, c’est-à-dire de l’art de se moquer des autres. Ils sont moins réputés pour leur humour, qui consiste à se moquer de soi-même. Le film n’est que taquinerie sur l’univers étrange de la Poste, là où toutes les familles françaises rêvent de faire entrer leur enfant, et où Besancenot cultive ses talents de révolutionnaire propret. Les pratiques de promotion y sont pour le moins étranges (ce doit être pire à l’Éducation nationale) et le bureau de poste de la bourgade nordiste est un joyeux foutoir où l’on ne ménage pas son temps pour faire plaisir à ceux qui ne sont pas encore des clients, ni même des usagers, mais des êtres humains tout simplement. Les travers des Nordistes et des Méridionaux sont montrés sans aucune méchanceté et cette belle diversité qui caractérise notre cher pays (merci Braudel) se mue en une sorte d’unité chaleureuse. On rit de bon cœur sans blesser personne.

 Ce film ruisselle de bonté, comme un cornet de frites de mayonnaise. Le temps est suspendu. Le facteur fait sa tournée en s’arrêtant longuement chez chacun des destinataires, des gens d’âge mûr présents à la maison en milieu de matinée. Il reste, certes, les cicatrices de la fermeture des mines, mais l’on ne voit aucun chômeur ni même aucun jeune, en dehors de l’escouade des postiers, qui a déjà la trentaine bien sonnée et vit dans l’euphorie d’une parfaite sécurité « statutaire ». Les rapports hiérarchiques sont arrondis par de nombreux festins pris en commun. Si l’on était à Strasbourg, on parlerait de « La petite France », un paradis local où les soucis du monde ne viennent pas troubler l’innocence d’une douce communauté de fonctionnaires, de commerçants et de retraités.

Comme il est difficile de gouverner un peuple qui rêve d’une France mythique de l’après-guerre et qui considère que ce qui se passe à Paris est à des années-lumière de Bergues ou de Porquerolles ! Or le monde est méchant, et bête qui plus est. Prenons deux exemples, l’un planétaire, l’autre parlementaire.

Pékin s’est trompé à propos des Jeux Olympiques. >>> lire la suite >>>

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jeudi 10 avril 2008

Martin Luther King - I have a dream

Malcom X , Rosa Park et Martin Luther King
Le long chemin des Afros américains pour la dignité
et l’Egalité

Jeudi 10 Avril 2008
de 12h à 14h

Amphi 5
Université du Mirail

Jean Paul Makengo
militant socialiste
maire adjoint de Toulouse
(Egalité, contre les discriminations)

Colette Charbonné
présidente de Stop Racisme

Pierre Timsit
directeur de Babylon International

Conférence organisée par
le Cercle Jean Jaures/ Louise Michel

"Pas le temps, pas le temps", keep cool, ...

Lapinalice En ce moment, j'ai un peu l'impression d'être le lapin d'Alice aux pays des merveilles (mais je crois que je ne suis pas le seul si j'en crois les témoignages des nouveaux élus qui découvrent que l'on ne gère pas un lourd paquebot comprenant 11 000 membres d'équipage comme la ville de Toulouse ; surtout quand le second a concentré le pouvoir administratif, économique, relationnel et politique entre ses mains de fer. Bon vent à Nice.
Votre expérience des marchés publics sera très appréciée sur la promenade des Anglais avec M. Estrosi. Bon vent M. Trauttmann, les Toulousain-e-s ne vous disent pas merci Toutes nos condoléances aux niçois !)

Bref, je cours, je cours, pour les dossiers, pour les idées.

Du coup, j'ai un peu tendance à oublier ce blog.

Et pourtant l'actualité nationale ou toulousaine est riche en petits et grands événements sur lesquels j'aurais bien pris 2 minutes pour faire une commentaire (JO, Tibet/Chine, hôpitaux publics, deconstruction occulte du statut de la fonction publique, remise en cause à peine dissimulée des services publics administratifs et régaliens, atteintes aux libertés, retour de la France dans l'OTAN sans raison, substitution du caniche BLAIR par le roquet SARKO, surveillance du web français "à la chinoise", débat sur la fin de vie, assassinat à l'arsenic de la laïcité (comprendre par petites doses homéopathiques et indétectables, mais vous verrez tout d'un coup on s'apercevra qu'il sera trop tard et certains bénieront la mémoire d'Emmanuelle Mignon et de Saint Nicolas, etc, etc.

ça ira mieux demain, isn'it ?

dimanche 06 avril 2008

Une défense européenne, vite !

Le retour dans le commandement militaire de l'OTAN, pour quoi faire ?


26 avril 2007 : le candidat Sarkozy estime que la présence à long terme des troupes françaises en Afghanistan n'est pas décisive. Il se déclare même prêt à poursuivre la politique de rapatriement de nos soldats, alors engagée par Jacques Chirac. 27 mars 2008, soit onze mois plus tard : en voyage officiel à Londres, Nicolas Sarkozy annonce l'envoi de 1 000 hommes supplémentaires à ceux qui sont déjà présents en Afghanistan.

Je me suis prononcée contre cette fuite en avant. Car les risques d'enlisement sont  trop forts ; car les objectifs n'en sont pas définis ; car on ne peut risquer la vie de nos soldats sans savoir quels sont les objectifs de leur mission ; car il faut en priorité donner au gouvernement d'Hamid Karzaï les moyens d'assurer la stabilité de l'Afghanistan.

Et puis Nicolas Sarkozy oublie sciemment qu'en 1991, François Mitterrand avait souhaité un vote du Parlement sur la présence des forces françaises en Irak… La réforme des institutions et le renforcement du rôle du Parlement promis par le candidat Sarkozy sont clairement jetés aux oubliettes.

Plus grave encore, lors du Sommet de Bucarest, Nicolas Sarkozy a fait prendre à la politique étrangère de la France un virage périlleux. En réintégrant le commandement militaire de l'OTAN, il prétend ainsi redéfinir notre rapport à l'Alliance atlantique et, en même temps, renforcer l'Europe de la défense.

Mais où est passé le « Livre blanc de la Défense », en préparation depuis plusieurs mois et qui devait être soumis au Parlement ? Personne ne l'a encore vu… et lorsqu'on débattra de ses orientations, il sera déjà trop tard. Car entre temps, c'est toute notre politique depuis 1966 qui aura été remise en cause.

Le degré de notre participation à l'Otan est une question fondamentale qui ne doit pas être taboue et dont nous pouvons tout à fait débattre. Mais la France a-t-elle intérêt à se ranger dans le camp atlantiste, sans garantie d'obtenir quelque chose en retour ? La France est-elle attendue et bienvenue dans un commandement militaire qui s'est fait sans nous depuis 42 ans ? Un retour actif à l'Otan permettra-t-il véritablement de renforcer la PESD ?

Sous couvert de préparer la présidence française de l'Union européenne et d'amorcer le développement de la défense commune, Nicolas Sarkozy ne vise, en réalité, qu'une chose : réintégrer pleinement l'OTAN pour inscrire sans réserve notre pays dans «  le camp occidental » et satisfaire son « obsession atlantiste », comme l'a formulé Jean-Marc Ayrault, le 1er avril à l'Assemblée nationale. Une option idéologique dangereuse, selon moi, à l'heure où certains poussent au conflit des civilisations. Et alors que les Etats-Unis ne semblent pas disposés, en matière de défense, à déléguer leur autorité. Ce faisant, Nicolas Sarkozy affaiblit la position européenne au sein de l'Otan.

L'intérêt et la sécurité de la France passent sans conteste par la mise en œuvre d'une vraie PESD, tout en continuant de travailler étroitement avec nos alliés. Au sein de l'Alliance, lourde et grosse machine, la France seule ne pourra jamais peser sur les orientations et les décisions stratégiques. Nous devons donc absolument profiter de notre autonomie pour rassembler nos partenaires européens autour d'une Europe de la défense cohérente et efficace, et avoir ensuite voix au chapitre au sein de l'Otan.  À nous aussi de faire preuve d'exemplarité dans notre engagement en Europe, afin de vaincre les réticences de nos partenaires.


Ségolène Royal

samedi 05 avril 2008

A Toulouse, aussi...

   
 

 
 

[AgirpourIngrid.com]   Participez à la Marche Blanche historique de votre ville!

 

Mardi dernier, fort   d’informations multiples et fiables, Nicolas Sarkozy l’a lui-même dit : "Ingrid   est en danger de mort imminente" :   indéniablement, cet état de santé extrêmement alarmant d'Ingrid nous fait redouter le pire.   Pour autant, le Comité de soutien est plus que jamais déterminé à agir pour le meilleur :   la Liberté, maintenant et tout de suite, d’Ingrid comme de tous les otages   malades.
  C’est pourquoi nous appelons à une   Marche Blanche à Paris et dans toute la France, ce dimanche 6 avril.   Une Marche Blanche dont nous vous disons plus dans ces newsletter...

 

La Marche   Blanche : la mobilisation de la dernière chance

 

Ce dimanche 6 avril, les citoyens   ont rendez-vous avec l'Histoire, lors de la Marche Blanche.   Alors qu’Ingrid est à l'article de la mort, la dernière des mobilisations   doit être pleine et totale. Dernière mobilisation car Ingrid a besoin de   soins au plus vite et nous n’envisageons pas d’attendre plus longtemps.   Pleine et totale car il nous faut être des milliers pour mettre les FARC face   à leur culpabilité, le Président Uribe face à ses responsabilités : la   mort d'Ingrid Betancourt est inenvisageable.
  Nous vous attendons donc tout de blanc vêtus, dans la mesure de possible, en   symbole de paix. Invitez vos amis, prévenez vos contacts, pour contribuer au   succès.

 

§ Vidéo :   L’Appel de Lorenzo Betancourt et Florence Aubenas

 

La Marche Blanche à Paris

 

A   Paris, rendez-vous est donné ce dimanche 6 avril à 14H30 sur la Place de   l’Opéra pour une immense Marche Blanche qui nous amènera jusqu’à   l’Assemblée nationale, en présence de la famille d’Ingrid, d’élus, de   personnalités des mondes culturel et sportif. Des foulards blancs seront   distribués aux participant-e-s et des animations auront lieu au long de la   marche.

 

§ Tout savoir sur la Marche Blanche à   Paris

 

§ L’évènement   Facebook de la Marche Blanche à Paris

 

La Marche Blanche en province

 

En   province, ce sont plus de 15 marches qui permettront de prolonger   l’initiative dans toute la France : Agen, Avignon, Bastia, Bordeaux, Bormes-les-Mimosas,   Bretagne, Chambéry, Clermont-Ferrand, Dijon, Marseille, Montpellier,   Mont-de-Marsan, Nice, Niort, Strasbourg et Toulouse seront   mobilisées.

 

§ Tout   savoir sur la Marche Blanche dans votre ville

 

Les personnalités s’adressent à vous

 

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vendredi 04 avril 2008

Un texte pour se donner du courage pour les combats qui nous attendent...

Parmi mes textes politiques préférés, il y a bien sûr celui-ci. Nous quittons le marécage de la médiocrité, les vils appétits, les égos surdimensionnés, la réunion des incompétents qui trouvent la voie de la réussite par une politique de plus en plus alimentaire et de moins en moins à la recherche de l'intérêt général.

ô combien, le niveau à baisser en politique de Jean-Jaurès à Nicolas Sarkozy  - CLE

Le courage aujourd’hui …

Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille;

c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel

 
Jeanjaures2 Ce qui reste vrai, à travers toutes nos misères, à travers toutes les injustices commises ou subies, c'est qu'il faut faire un large crédit à la nature humaine ; c'est qu'on se condamne soi-même à ne pas comprendre l'humanité, si on n'a pas le sens de sa grandeur et le pressentiment de ses destinées incomparables. Cette confiance n'est ni sotte, ni aveugle, ni frivole. Elle n'ignore pas les vices, les crimes, les erreurs, les préjugés, les égoïsmes de tout ordre, égoïsme des individus, égoïsme des castes, égoïsme des partis, égoïsme des classes, qui appesantissent la marche de l'homme, et absorbent souvent le cours du fleuve en un tourbillon trouble et sanglant. Elle sait que les forces bonnes, les forces de sagesse, de lumière, de justice, ne peuvent se passer du secours du temps, et que la nuit de la servitude et de l'ignorance n'est pas dissipée par une illumination soudaine et totale, mais atténuée seulement par une lente série d'aurores incertaines (…)

Mais d'abord, mais avant tout, il faut rompre le cercle de fatalité, le cercle de fer, le cercle de haine où les revendications même justes provoquent des représailles qui se flattent de l'être, où la guerre tourne après la guerre en un mouvement sans issue et sans fin, où le droit et la violence, sous la même livrée sanglante, ne se discernent presque plus l'un de l'autre, et où l'humanité déchirée pleure de la victoire de la justice presque autant que de sa défaite. Surtout, qu'on ne nous accuse point d'abaisser et d'énerver les courages. L'humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, aujourd'hui, ce n'est pas de maintenir sur le monde la sombre nuée de la Guerre, nuée terrible, mais dormante, dont on peut toujours se flatter qu'elle éclatera sur d'autres.

Le courage, ce n'est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison, peut résoudre ; car le courage est l'exaltation de l'homme, et ceci en est l'abdication. Le courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c'est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c'est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces; c'est de garder dans les lassitudes inévitables l'habitude du travail et de l'action.

Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c'est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu'il soit ; c'est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou monotone ; c'est de devenir, autant qu'on le peut, un technicien accompli ; c'est d'accepter et de comprendre cette loi de la spécialisation du travail qui est la condition de l'action utile, et cependant de ménager à son regard, à son esprit, quelques échappées vers le vaste monde et des perspectives plus étendues. Le courage, c'est d'être tout ensemble, et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe.

Le courage, c'est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l'approfondir, de l'établir et de la coordonner cependant à la vie générale. Le courage, c'est de surveiller exactement sa machine à filer ou à tisser, pour qu'aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un ordre social plus vaste et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs libérés. Le courage, c'est d'accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l'art, d'accueillir, d'explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d'éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l'organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes.

Le courage, c'est de dominer ses propres fautes, d'en souffrir, mais de n'en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille; c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ; c'est d'agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l'univers profond, ni s'il lui réserve une récompense.

Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.

Jean-Jaurès, Le discours à la jeunesse, Lycée d’Albi (1903)

jeudi 27 mars 2008

Tout un programme, des idées, de la profondeur, de l'énergie, encore, oui encore

« Pour en finir avec les conformismes » par Ségolène Royal

Couv_sgolepoint Le Point : Où en êtes-vous ? D'abord, souhaitez-vous briguer le poste de premier secrétaire du Parti socialiste ?
Ségolène Royal : Ce que je souhaite, c'est que nous, les socialistes, soyons à la hauteur de la responsabilité historique qui est la nôtre dans un monde qui se transforme à vive allure et dans une France où même ceux qui se croyaient à l'abri sont aujourd'hui en proie à l'inquiétude parce que la précarité envahit tout. Seuls les privilégiés et les héritiers sont à l'abri, ceux que les premières décisions de Nicolas Sarkozy ont particulièrement choyés. Les électeurs s'en sont rendu compte ! L'initiative économique est en panne et les inégalités n'ont jamais été aussi insolentes. Pour transformer le vote sanction qui vient de s'exprimer en vote d'avenir, il faut un idéal, un projet, une équipe et un leader. Et, comme l'a décidé la direction de notre parti, les militants choisiront en novembre. Ils sont de plus en plus nombreux à me solliciter. Je ne veux ni les abandonner ni précipiter les étapes. Il faut bâtir pierre après pierre une nouvelle maison. Les fondations sont solides, j'en suis sûre.

Combien de temps peut-on attendre pour se confronter au PS ?

Je ne me confronte pas au PS, j'en suis ! Mon parti m'a même désignée pour porter ses couleurs lors de l'élection présidentielle. Ce qui me donne des devoirs. J'ai soutenu à leur demande, dans toute la France, nos candidats aux élections municipales. Partout, j'ai ressenti l'exaspération contre le pouvoir. La question n'est donc pas de se confronter entre socialistes, ce serait même désastreux. C'est sans doute ce qu'attend la droite pour faire oublier ses échecs et ses promesses trompeuses. Je mets en garde toutes celles et tous ceux tentés par le retour des petites phrases discourtoises. Trop de Français sont en souffrance ou en attente pour autoriser ce genre de fantaisie. Le sens du sérieux et de la responsabilité s'impose.

Vous travaillez sur votre projet. Pouvez-vous commencer à définir ce qu'est le « ségolénisme » ?

C'est d'abord un itinéraire. Celui d'une femme politique qui n'était apparemment pas programmée pour cela, mais à qui la République a permis ceci : surmonter bien des épreuves et assumer la chance de se mettre à son service. C'est ce qui me permet sans doute de regarder la réalité en face, sans oeillères, pour entendre ce que les Français disent de la vie telle qu'elle est. Tant pis si cela bouscule certains préjugés : il faut en finir avec les conformismes. Et tant mieux si cela permet de mieux comprendre pourquoi, parfois, les politiques publiques les mieux intentionnées n'atteignent pas ou plus leurs objectifs. Je m'efforce de bâtir une vision du monde et une proposition pour la France émancipées des schémas tout faits qui inhibent la pensée et l'action. J'essaie de voir ce qu'il y a de légitime dans des affirmations apparemment contradictoires et d'en tirer de nouvelles synthèses qui permettent de construire les solutions nouvelles. Par exemple, je revendique pour la gauche l'intérêt bien compris des entreprises et de leurs salariés. Je tiens, dans l'économie moderne, l'investissement dans le capital humain et dans l'innovation pour des facteurs majeurs de compétitivité et de progrès social. Je trouve aberrant le maquis bureaucratique des aides aux entreprises qui ne bénéficient pas à celles qui en ont le plus besoin : nos PME, principales créatrices d'emplois mais insuffisamment épaulées dans leur croissance et à l'exportation.

Même chose pour l'autorité, notion à mes yeux fondamentale avec laquelle la gauche est parfois mal à l'aise et que la droite confond avec un autoritarisme dépassé. Je crois, moi, que la juste autorité est, dans la famille, protectrice de l'enfant et condition de sa liberté à venir. Et je crois que, dans la société, elle est ce qui s'oppose à l'abus de pouvoir, car sa légitimité se mérite et suppose l'acquiescement des citoyens à des règles communes qui ne soient pas le masque des injustices, mais le moyen de les corriger. Au fond, si je devais résumer mon approche, je dirais qu'elle allie une grande fermeté sur les valeurs fondamentales de justice sociale et de liberté individuelle à un parti pris pragmatique, soucieux de résultats concrets, tangibles, vécus par tous. C'est ma boussole dans un monde à bien des égards incertain, complexe, où la lutte de tous contre tous est le danger principal. C'est tout le paradoxe de notre modernité, dont l'actuelle globalisation est une nouvelle étape : comment redéfinir, dans le contexte d'aujourd'hui, les droits et les devoirs réciproques de l'individu et de la société, de telle sorte que la liberté de conduire sa vie, à laquelle chacun aspire, ne soit pas le privilège de quelques-uns, mais le droit collectivement garanti de tous ?

Le grand débat n'est-il pas aujourd'hui entre le socialisme et le libéralisme ?

De quel libéralisme parlez-vous ? Si c'est du libéralisme politique, il est depuis l'origine indissociable du socialisme démocratique. Voyez Pierre Leroux, l'inventeur du mot socialisme en 1840, Jaurès justifiant contre Jules Guesde la défense du capitaine Dreyfus et affirmant que « l'individu est la mesure de toute chose » , Blum anticipant lors du congrès de Tours la dérive dictatoriale du communisme soviétique, Mitterrand abolissant la Cour de sûreté de l'Etat et la peine de mort. La liste serait longue de la contribution des socialistes au renforcement des libertés individuelles et politiques ! Si vous appelez libéralisme cette idéologie du laisser-faire, laisser-aller, qui, depuis l'aube du capitalisme, oppose les vertus de la main invisible du marché aux régulations de la puissance publique et l'harmonieuse convergence des intérêts particuliers à la construction volontaire de l'intérêt général, alors oui, le socialisme ne mange pas de ce pain-là et il n'est pas le seul. Le gaullisme non plus ne tombait pas dans ce panneau. Et la République s'est construite, non sans mal, non sans reculs, contre cette illusion naturaliste.

Le libéralisme n'est-il pas une belle idée de gauche à l'origine, inventée au XVIIIe siècle, contre la monarchie ? Pourquoi la gauche l'a-t-elle diabolisée ?

Je vais vous dire le fond de ma pensée : les véritables héritiers de la belle tradition du libéralisme politique, qui est au fond l'autre nom de la démocratie, ce sont tous ceux, à gauche mais pas uniquement, qui savent combien les libertés politiques sont fragiles si l'on fait l'impasse sur les inégalités sociales. C'était vrai hier et ça l'est toujours aujourd'hui. Car la liberté du renard dans le poulailler, on sait ce que cela donne !

Votre projet consiste-t-il à réhabiliter la concurrence et le marché ?

La bonne question est : que fait-on pour que l'économie de marché et la concurrence (qui serait bienvenue du côté de la grande distribution) ne dictent pas leur loi désordonnée à une société prise en otage par les intérêts particuliers mais servent au bien-être de tous ? Il nous faut apporter une réponse d'aujourd'hui à cette question. Au-delà, le socialisme ne peut pas se contenter d'aménager le capitalisme financier à la marge. On attend de nous une autre façon de produire les richesses et de les distribuer. On me disait par exemple : impossible de conditionner les aides aux entreprises à l'interdiction de délocaliser ou de licencier en cas de bénéfices ; je l'ai fait dans ma région et nous sommes aujourd'hui l'une des mieux placées en termes de créations d'entreprises !

Certains de vos adversaires au PS vo