Mes quatre vérités sur le "contournement" Est
(extraits du livre "Toulouse a t elle un avenir ?")
Grand contournement de Toulouse
C’est un peu le passage obligé d’une campagne municipale. Tout comme Jean-Luc Moudenc choisit ses adversaires pour la prochaine élection (visiblement il a faible pour Martin Malvy, peut être parce qu’il croit que la différence d’âge jouera à son avantage), il essaie de concentrer le débat sur un sujet polémique. Le Grand contournement en est un. D’abord parce qu’il n’a de « grand » que le nom. En effet, il ne concerne que le contournement Est de Toulouse (entre la barrière de Paris et le Lauragais) et oublie l’Ouest. Ensuite, ce projet est présenté comme compatible avec l’Agenda21 (ne riez pas !). Enfin, parce que ce sujet détourne l’attention des vrais enjeux en matière de transport (comment diminuer l’emprise de l’automobile ?). A partir des documents disponibles auprès de la DDE, essayons d’y voir clair.
Présentation du projet
Situation actuelle
Le trafic de transit, l’échelle de l’aire urbaine, a doublé entre 1996 et 2003, passant globalement de 10.000 véhicule par jour, à 20 000 véhicules par jour. Les poids lourds représentent 20 % du transit (4.000 PL/jour).
Les trafics d’échanges (150.000 véhicules /jour, + 4,5 %/l’an depuis 1996) sont composés pour 2/3 d’échanges locaux (aire urbaine/aire métropolitaine) et 1/3 d’échanges plus lointains (régions voisines) et seulement 5 % des échanges ont leur origine ou leur destination au-delà des régions voisines. La part des voitures particulières est passée de 47,7 % (1978) à 61,9 % (2004) principalement en raison de l’étalement urbain.
Situation prévisible à l’horizon 2020
La population sur l’aire urbaine devrait croître de 370.000 habitants. Pour les besoins de l’étude, la DDE espère que la part de marché des transports collectifs urbains passera de 7% (2004) à 16 % ! Le trafic de transit pourrait atteindre 32.000 véhicules/jour et le trafic d’échange devrait s’établir.
Le contournement Est pourrait absorber 15 % du trafic à l’heure de pointe sur les sections les plus chargées du périphérique (soit à peine 3 ans de croissance de l’usage du périphérique !). Une première estimation de ce contournement Est est évaluée à 1 200 millions d’euro (valeur 2006). On peut raisonnablement estimer que le coût de revient sera de l’ordre de 2 000 millions d’euro !
Petite précision : plus le contournement s’éloigne de Toulouse, moins il a d’effet sur le trafic métropolitain et il soulage moins le périphérique saturé aux heures de pointes. La distance idéale selon la mairie serait de construire le périphérique à 5 km de Toulouse. Comme cela, les problèmes sont pour les localités voisines et les toulousains profitent de cet équipement. Pour des raisons différentes, le président de Région (Martin Malvy) se montre intéressé par un « vrai » contournement Est qui traverserait le Tarn et permettrait de relier les trois principales villes du Tarn. Si on peut comprendre cette position en raison de la question de l’aménagement du territoire régional, force est de constater que l’effet de soulagement pour la rocade toulousaine sera faible.
Inconvénients du projet
C’est un projet lointain, il sera disponible au mieux dans 20 ans. Que faire, tout de suite pour les embouteillages qui paralyse la rocade un matin sur deux ?
C’est un projet anti-écologique. Il ne résout aucun des problèmes de l’agglomération. Il maintient le laisser-faire, le tout-automobile, il n’anticipe pas sur le crise probable de l’énergie.
C’est un projet contre-productif : pour alléger la rocade de 15 % et pendant 2 heures, on construit un énorme machin.
Il existe des alternatives aussi efficaces et moins coûteuses.
C’est un projet dispendieux. Quelqu’un saurait il combien cela coûtera-t-il si on divise le coût par le nombre de véhicules ?
A qui profite le « grand contournement » ?
Tiens, c’est une idée ça. Et si on mettait un péage ? Comme cela, le coût n’est pas supporté par les impôts et sera payé par les usagers. Alors voyons, qui pourrait financer ce projet ? la Société Générale (actionnaire de VINCI). Qui pourrait construire ce contournement ? VINCI ou l’une de ses filiales. Qui pourrait exploiter le péage ? Autoroutes du Sud de la France (filiale de VINCI) ? Ah, oui, vu comme ça, cela commence à devenir très intéressant.
Solutions alternatives à effet immédiat
Il faut faciliter les échanges entre Toulouse et la banlieue.
Si 30 % des automobilistes utilisent le co-voiturage, on obtient une diminution de 15 % du trafic.
Si on organise un décalage dans le temps entre les différents utilisateurs, on peut étaler l’usage et éviter les embouteillages.
Si on développe les transports en commun et pourquoi pas un « métrophérique » pour relier les banlieues entre elles sans passer par Toulouse et sa rocade. Et tout cela, a un effet aujourd’hui, sans coûter des milliards d’euro (à part le « métrophérique »). Qu’est ce qu’on attend ?
Que faire avec 2 milliards d’euro ?
Jean-Charles Valadier (animateur du Collectif PDU) lance des pistes pour des projets socialement et environnementalement bien plus utiles :
- faire enfin le contournement ferroviaire de Toulouse, pour 600 millions d’euro, ce qui permettrait de charger enfin l’étoile ferroviaire de Toulouse au quart d’heure ;
- requalifier la ligne de train Toulouse-Albi en 2 fois 2 voies à la norme européenne : 800 millions d’euro
- créer la desserte ferroviaire de l’aéroport 400 millions d’euros (plus l’économie sur les 2 ponts routiers prévus au nord de Toulouse).
Avec 2 milliards d’euro, on pourrait envisager 1000km de piste cyclables (100 millions d’euro), 80 km de tramways (1200 millions d’euro), 150 km de bus en site propre (700 millions d'euro).

Commentaires